Chers lecteurs bienveillants
















Mes chers lecteurs bienveillants,

Ce blog est un espace un peu particulier, une expérience d'écriture thérapeutique. Vous comprendrez, j'en suis sûre, que j'hésite encore, au niveau des commentaires, entre plusieurs façons de faire. Vais-je préférer répondre par mail privé à certains de vos commentaires? Ou bien continuer ici ? Vais-je fermer les commentaires publics et vous inciter à m'écrire en privé ? Je ne sais pas encore. Je répondrai de toutes façons, mais dans la mesure, et seulement dans la mesure où ce que vous exprimerez éclairera ma route actuelle. Je sais déjà que, quel que soit sa forme, ce dialogue avec chacun d'entre vous m'est bénéfique, et je vous en remercie d'avance et du fond du cœur. Mais vous pouvez aussi décider de préférer le silence et je saurai que vous êtes près de moi dans ma démarche.

Célestine

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vendredi 23 février 2018

Balbutiement





Les pères devraient réfléchir avant d' affubler leurs filles du mignon surnom de « princesse ».
Parce qu'elles y croient. Dur comme fer. La Petite Fille n'a pas échappé à la règle. Son père, ce héros magnanime, a eu parfois cette faiblesse. D'autant que, pour simplifier les choses, elle a vécu sa prime enfance dans une vaste demeure avec un escalier monumental et des glycines au dessus du perron. De quoi jeter le trouble dans un esprit encore balbutiant...
Mais en les estampillant de la sorte, les pères ne mesurent pas que les petites filles trimballent dans leurs représentations mentales tout l'attirail qui va avec : les royaumes, les châteaux entourés de lierre et les dragons, terrassés par de valeureux princes très charmants. Et le mariage avec la belle robe qui tourne au vent de tous les soleils. Et le bonheur éternel plié dans une armoire qui sent la lavande.
C'est si crédule, un enfant...
Le gros bonhomme Noël, la souris des dents, les sorcières et le catéchisme, toutes ces fariboles qu'on leur met dans la tête ne sèment-elles pas, en eux,  de perfides graines de vulnérabilité, de mensonge, d'intolérance, de déception, de doute et d'insatisfaction permanente ? Et si on leur apprenait plutôt à ne pas croire aveuglément à n'importe quoi ?

jeudi 22 février 2018

Acrobate








Les arcanes du cerveau humain m'ont toujours fascinée. Nous savons beaucoup de choses sur la vie secrète de galaxies si lointaines que notre misérable vie humaine ne suffirait pas à les mesurer, et nous ne connaissons que très imparfaitement cette planète étrange qui habite sous notre crâne. L'être humain et ses fumeuses contradictions...
Ce qui me sidère, depuis que mon voile rose s'est déchiré de haut en bas dans un grand craquement théâtral, c'est combien l'inconscient imagine de prouesses pour finalement nous protéger à notre insu. Un véritable acrobate de l'amnésie sélective, du traumatisme soigneusement refoulé et du désir réprimé. C'est étonnant.
Tous ces souvenirs qui sont revenus d'un coup grâce aux séances d'hypnose me donnent l'impression de sortir d'un long sommeil peuplé de fantômes. La bouche pâteuse et les yeux collés des humeurs jaunâtres de la nuit. 
Mais le plus intéressant, c'est que je comprends par là-même que j'ai appliqué cette amnésie disjonctive dans à peu près tous les compartiments de ma vie. Et surtout dans mes relations aux autres. Idéalisant à l'excès. Oubliant bien trop souvent le soir, le mal que l'on m'avait fait le matin. Incapable de me souvenir d'une parole agressive ou du pourquoi d'une douleur éprouvée. 
Ne gardant que le meilleur de chaque chose, au risque de nier mes ressentis négatifs. Ceux qui, normalement, tirent les sonnettes d'alarme.
Avec le recul, je comprends combien ce manque total de rancune, tout en me protégeant en apparence, m'a en réalité abîmée. Un peu comme ces enfants privés de terminaisons nerveuses et qui ne sentent rien quand ils se brûlent au troisième degré sur les plaques électriques...





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mercredi 21 février 2018

Zébu






J

'arrive à un palier. La dernière paroi fut rude. Je souffle. Je n'irai pas jusqu'à dire que je souffle comme un zébu, mais quand même, j'ai le souffle court. Ralentis, Céleste, ralentis. Pose-toi. Tout va bien. Tu es une belle personne, il n'y a plus de doute à avoir. Plus de doute ? N'exagérons rien...J'en aurai toujours des doutes. Je suis structurellement un être qui doute.  Je sentirai toujours ce déchirement de tissu à l'intérieur, qui me lacère de temps en temps, et ces insectes qui viennent danser devant mes yeux pour me troubler la vue. De petites mouches venimeuses qui s'insinuent dans mes oreilles, mes yeux, mon nez, pour essayer de m'affaiblir. De me faire flancher. 
La différence, c'est juste une question de connaissance intime. On dompte mieux quelque chose que l'on a apprivoisé, et dont on connaît l'origine. Dehors, sales bestioles malveillantes, sangsues gluantes qui voudraient à nouveau me ligoter de leur fil de bave acide.
Je la sens, cette force tellurique au fond de moi. Elle m'aide à chasser ces miasmes. Mes blessures d'enfance sont là, d'accord, je les ai exhumées, observées en pleine lumière, triées, épinglées, mais désormais je n'ai pas envie de les brandir toute ma vie en bouclier comme des excuses. Des prétextes à ne pas agir. Je n'ai aucun désir de me poser en victime.   
La Petite Fille sort de sa coquille, elle déploie ses ailes, elle brille en moi comme un diamant, et même si cela peut paraître étrange, je la sens qui me protège désormais. La toile que l'on va tisser, elle est moi, va être solide.




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mardi 20 février 2018

Yack





 La petite fille éprouve parfois le sentiment de sortir de son corps, de ne plus être vraiment là. Ses sensations s'enfoncent dans un matelas de coton flou, elle se sent coupée d'elle-même. Ça lui arrive souvent quand elle se trouve au milieu d'un groupe.
Soudain, il lui semble qu'elle n'est plus avec les autres, le décor perd sa consistance, les bruits s'estompent. C'est étrange et désagréable.
Elle a aussi, parfois, le sentiment d'ubiquité. Elle pense très fort qu'elle se trouve à un endroit, au milieu d'une vaste plaine de Mongolie, par exemple, et en même temps, elle marche dans une rue au milieu de New-York.
Là encore, c'est une expérience qui la rend anxieuse et tremblante. Parce qu'elle ne comprend pas ce qui lui arrive. 
Et dans le silence de sa chambre d'enfant elle trace de bizarres dessins comme si sa main se mouvait toute seule, mue par une volonté extérieure à elle-même.
Elle ne parle de ces manifestations à personne. 
Plus tard, elle apprendra que ce n'étaient que des façons d'exprimer une anxiété trop forte.
Mais à dix ans, elle a eu peur plusieurs fois qu'on la croie folle.





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lundi 19 février 2018

Xanthine















Les poisons ne sont pas tous dans des fioles, avec une tête de mort sur l'étiquette. Il en est de plus subtils, violents et invisibles, et parmi eux, ceux qui émanent des relations toxiques. De celles qui font plus de mal que de bien. De celles qui laissent, au petit matin, ou aux soirs de solitude, cette amertume qui racle la gorge et la serre jusqu'à étouffer. Et fait remonter le dégoût de soi. L'hypnose a ôté le voile rose, et montré le monde et les choses tels qu'elles sont. Toutes les choses. La Petite Fille apprend chaque jour à ne plus se laisser impressionner par certaines images, certaines paroles, ou aveugler par d'autres, à faire la part des choses entre les vessies et les lanternes. Ses peurs sont tombées. Elle sait où est le soleil. Elle apprend à ne plus se laisser abuser par son besoin de reconnaissance, qui, on l'a vu, arrive tout naturellement quand on s'autorise à être enfin soi-même. Elle apprend à trier. Elle n'a jamais su faire le tri, pendant trop longtemps. Elle ne s'est pas respectée. Elle s'est parfois traînée sur le sol, pour quémander un peu d'amour. A un époque, il y a longtemps, elle aurait pu manger de la boue, boire du fiel, faire n'importe quoi par amour, ou ce qu'elle croyait être de l'amour, mais qui n'était que dépendance. Elle a accepté trop de choses, bien trop fermé les yeux sans se rendre compte qu'on ne construit rien en fermant les yeux, mais au contraire, en regardant la réalité jusqu'au fond des yeux. Et c'est là que ce merveilleux sixième sens va enfin lui servir de tamis, pour faire remonter à la surface et cueillir délicatement les pépites d'or qui croisent sa route. Avec un seul filtre : le bien-être et l'harmonie. Ce n'est plus négociable. L'aimer,  c'est lui vouloir du bien, et c'est tout. Elle en a trop bavé. Elle accepte les douleurs, parce qu'elles sont humaines, et inévitables, mais elle veut se tenir  loin de la souffrance. Au prix de renoncements, sans doute...Mais vivre, n'est-ce pas renoncer encore et toujours ?






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dimanche 18 février 2018

Wouaou !







« Ma colombe,
Je voulais te dire que j'étais désolée si mes propos ont pu te blesser, ce n'est pas du tout mon intention.
Je ne vois peut-être pas assez que tu traverses une période difficile et je t'en demande pardon.
J'aimerais pouvoir t'aider à être bien.
Tu mérites le bonheur et la considération.
Tu es une amie précieuse et je t'en remercie.
Tu es belle et intelligente, tu es douce, tolérante, conciliante, drôle et réfléchie, entre autres.
Ce serait bien que tu sois convaincue de toutes ces qualités qui sont les tiennes.
Merci pour tous ces moments que l'on passe ensemble. »

***

J'ai reçu ce message fort émouvant de mon amie Olga, peu après une discussion un peu vive que nous avons eue. Nous ne sommes pas toujours d'accord. Elle a du tempérament, et moi aussi. Alors parfois, les étincelles fusent...
 Mais, et c'est sans doute ce qui m'émerveille le plus dans l'amitié profonde qui nous lie, le pardon est au coeur de la relation. La bienveillance. La compréhension, l'empathie.
Toutes ces choses qui ont tellement manqué à la Petite Fille...
Et puis, dans ma lente reconstruction, ces mots qui me décrivent, sans affectation, sans flagornerie, mais dits dans une immense sincérité, que je sens, que je devine à fleur de coeur, m'époustouflent et me font du bien. 
D'ailleurs, chaque fois qu'un(e) Ami(e) laisse sortir de son coeur des mots positifs envers moi, un seul me vient aux lèvres : wouaou ! C'est de moi qu'on parle ? 
Les  yeux de la petite fille s'arrondissent toujours un peu d'incrédulité, comme devant les contes étoilés de son enfance. Il est long, son chemin, de l'auto-dénigrement induit à l'acceptation de son moi profond... Mais elle apprend à accueillir le bien, le bon, comme on regarde jaillir l'eau des fontaines au creux de ses mains : dans la gratitude du don. Et elle se roule dedans avec bonheur.




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samedi 17 février 2018

Vadrouille






La petite fille laisse souvent son esprit vadrouiller, parce qu'elle ne sait pas l'en empêcher, et pourtant elle entend quand même ce que dit la maîtresse. Ça énerve celle-ci, parce qu'elle ne parvient pas à la prendre en défaut.
La petite fille sait suivre le vol d'un étourneau au dessus du marronnier de la cour, penser aux billes qu'elle a gagnées, et écouter en même temps la leçon. Elle ne fait pas exprès, c'est son cerveau en étoile qui part dans tous les sens, comment l'arrêter ? La maîtresse veut voir tous les yeux. Mais quand la petite fille ouvre grand ses yeux, elle lui demande de les baisser.
Ainsi, peu à peu, la petite fille apprend que les grandes personnes peuvent demander sans ciller une chose et son contraire. Et que les petites filles peuvent être sanctionnées pour des choses dont elles ne sont pas responsables, comme les pensées qui traversent la tête, ou la couleur des yeux.
La petite fille apprend l'injustice, l'incompréhension, l'absurdité. Toutes ces choses qu'elle aura soin de nier toute sa vie, pour ne pas trop souffrir.






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vendredi 16 février 2018

Ubiquité







La jeune fille tremble et garde son secret coincé entre ses cuisses, sur ses seins qui lui font mal. Dans tout son corps. Il n'a pas eu le temps d'aller au bout de son acte ignoble. Mais maintenant, il la harcèle par textos. Des phrases crues, effrayantes. Des menaces. Elle a seize ans, elle est terrorisée. Elle a honte. Elle se sent salie, seule. Elle pleure. Elle ne veut pas en parler. Elle ne veut plus aller en classe. 
C'est ce passage du petit feuilleton du soir qui m'a profondément bouleversée. L'actrice est tellement juste que j'en ai la chair de poule. C'est comme si chaque femme en ce monde revivait à chaque fois ce que l'une d'elle a vécu. Toute la conséquence poisseuse de l'agression est tellement bien analysée et mise en scène dans ce film...
Le viol, ou même la tentative de viol, sont comme un poison violent qui se répand lentement. Une goutte suffit. Non seulement il infecte la personne, son corps, son coeur, sa tête, mais aussi son entourage, et pas seulement dans l'instant mais pour des années et même des décennies. C'est comme une tache de goudron noirâtre qui ne cesse de s'étendre et s'étendre, jusqu'à recouvrir la mer en une gigantesque flaque d'huile visqueuse.





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jeudi 15 février 2018

Temporaire







Evidemment, je ne suis pas encore « guérie »... Evidemment c'est long.
...D'ailleurs, guérit-on complètement de son enfance, et surtout en quelques mois ?... 
Bien sûr, je suis encore hypersensible, le but de la thérapie n'était pas directement de me faire une peau d'hippopotame en cuir vieilli...Non, le but de ce travail harassant était de faire le deuil de mon père, et d'extérioriser tout ce que sa mort a fait surgir en moi, la maladie de ma mère, mes difficultés relationnelles et le lourd secret de ma petite soeur. 
Pour ce faire, j'ai eu besoin de m'appuyer sur quelques amis solides et admirables, capables de tout entendre et de tout supporter. Vous. 
J'aurais pu décider d'écrire sur des cahiers pour moi seule. Mais l'effet ne serait pas le même. Ce serait comme pousser de grands cris dans une pièce insonorisée, sans porte ni fenêtre. Ou hurler dans le désert.
Mais j'ai besoin d'être entendue, reconnue dans mes difficultés, aidée, maintenant que ma thérapeute m'a laissée repartir,  et à ce titre, ce blog, même s'il n'est que temporaire, est un formidable outil. Un lieu doux et bienveillant où je peux, en toute confiance, tirer sur la manette qui relâche la pression, et me regarder face au miroir, sans être jugée.
Alors, une fois n'est pas coutume, j'ai envie de vous dire merci pour votre bras, vos mots sensibles, votre regard affectueux, vos bâtons de pèlerin qui me soutiennent et m'ont indiqué plus d'une fois le chemin quand l'étoile disparaissait dans la brume.

Merci.






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mercredi 14 février 2018

Saltimbanque







Dans ce jardin splendide où se sont épanouis comme des fleurs rares ses quelques dons, ce jardin intérieur si bien protégé de l'extérieur que jamais personne n'en a rien deviné, la petite fille a toujours su ce qu'elle aimait. 
Les fleurs, la musique, le chant des hirondelles et les traces de pas sur le sable, la fantaisie, toutes ces choses belles et inutiles que l'on appelle l'art. Et la poésie.
Ce qu'elle aime, c'est le goût salé du désir, les éclairs de l'orage, l'inattendu.
Ce qu'elle déteste, ce sont les businessmen, la cupidité et l'hypocrisie engoncée dans des cravates, et la mesquinerie.
Depuis toujours, elle écrit en cachette sur des cahiers, elle se sent profondément attirée par l'aventure, les oiseaux de passage, les histoires fugaces, l'eau qui coule aux fontaines.
Pourtant, elle roule sur les rails étroits où l'ont posée un peu malgré elle les conventions, la société avec ses règles, le devoir, la morale. Elle. La petite fille qui n'a jamais osé dire non à sa mère. Parce que ça l'aurait tuée, sa mère, qu'on lui dise non. Que sa fille ne soit plus la petite fille modèle parfaite qui tient son rôle, en baissant les yeux surtout. En baissant les yeux.
Alors, après sa rébellion adolescente, elle a tout bien fait comme il faut. Elle est entrée dans ce corset trop serré de la vie toute tracée, sans surprise : un métier, une maison, une famille. Un bonheur de bonbonnière, sucré et aseptisé.
Mais il lui a toujours fallu se sentir vivante. Se mettre en danger, sortir de son enclos telle la petite chèvre, partir à l'assaut de défis escarpés, de lames rugissantes. Marcher sur un fil, faire des folies. Une Pénélope berçant des pensées interlopes. Une rebelle, une tigresse, une exploratrice, et ses aventures, elle les arrache au quotidien, elle les vit le coeur battant, elle les écrit, elle les peint, elle les chante. Pour ne pas mourir d'ennui. Car depuis toujours, au fond de son coeur, elle est une saltimbanque.







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mardi 13 février 2018

Raison






La petite fille  a eu très tôt l'âge de raison, celui où l'on comprend certaines choses de grands. Dans cette belle petite école enluminée d'arbres et d'oiseaux,  où elle se réjouissait d'aller, on a trouvé qu'elle savait trop de choses à son entrée au CP. Elle lisait déjà tous les livres de l'étagère. Elle savait multiplier les hirondelles par moitiés et par quarts. Elle a donc sauté des classes pour se retrouver avec des enfants plus vieux qu'elle. Avec au coeur ce décalage dont elle a mis si longtemps à se départir...
D'ailleurs s'en est-elle vraiment départie ? Aujourd'hui, elle se dit que savoir raisonner aussi brillamment lui a demandé beaucoup plus d'efforts que tout le monde pour se faire des amis. Il lui a fallu combattre ce sentiment d'isolement qu'éprouvent toujours les gens différents. 
Alors, elle a fait grandir son coeur, jusqu'à ce qu'il explose d'amour pour ses semblables. Se disant que la joie de vivre lui ouvrirait le coeur d'autrui.
Mais elle n'a pas compris que cela ouvrirait aussi le sien, en une faille béante dans laquelle les méchants se sont engouffrés et taillé une part de lion, la laissant plus d'une fois sur le flanc.






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lundi 12 février 2018

Quarante...







Le voile d'amnésie infantile terrible dont je me suis enveloppée, se déchire de plus en plus en lambeaux. Ainsi ai-je appris, par un ancien du village, que ma mère était déjà partie à l'âge de seize ans faire un séjour de six mois en asile psychiatrique.
L'imaginer adolescente, loin de sa famille, aux prises avec les traitements de l'époque, me transperce le coeur. La camisole, les électrochocs, quel affreuse image...
Deux ans avant, en pleine occupation, elle avait vu deux hommes pris au hasard dans la foule se faire fusiller par la Gestapo, en représailles d'un crime de résistance. Comment vivre avec cette autre effroyable image ? En 44, les Allemands criblèrent sa maison de balles. Elle vécut ce moment de peur terrée dans la cave avec mes grand-parents. Une balle est toujours fichée dans l'armoire, trophée témoin de ces temps de terreur. Et j'oublie les longues années de pensionnat chez les « bonnes soeurs » qui n'avaient de bonnes que le nom, et s'amusaient à remplir d'épouvante les jeunes filles en leur décrivant les tortures de l'enfer...
Mais perdre un enfant a sans doute été sa pire épreuve. Mon frère Hervé, que je suis venue remplacer dans cette vallée de larmes, n'aura vécu que le temps d'un souffle...Sans compter la crainte continuelle de perdre mon père, qui avait été envoyé à la guerre de l'autre côté de la Méditerranée, et la terrible épreuve d'élever trois enfants dans la solitude d'un pays de neige et de froid... Mises bout à bout, toutes ces adversités, toutes ces douleurs, sans jamais aucun soutien psychologique, ont de quoi rendre fou. Quoi d'étonnant alors, que sa raison, déjà vacillante à la base, ait sombré dans la bipolarité ?






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dimanche 11 février 2018

Papa








C'était un homme droit. L' honnête homme au sens classique. Cultivé et humble, joyeux, un peu mystérieux mais n'extériorisant pas ses sentiments négatifs. On pouvait s'appuyer sur lui, sur ses épaules tranquilles. Il inspirait confiance.
La petite fille a mis un temps fou à s'apercevoir que parmi les êtres humains, certains ne méritaient pas la même confiance. Trop de temps.
Elle a le sentiment que les météorites qui ont traversé sa vie l'ont parfois utilisée, trompée, manipulée. Vidée de sa substance.
Mue par ce besoin de reconnaissance que sa mère n'avait pas comblé, et persuadée qu'elle n'était pas assez bien pour mériter le meilleur, elle a parfois rencontré le pire.  Et alors elle s'est sentie comme une pierre précieuse tombée dans la boue du chemin. 







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samedi 10 février 2018

Obsession







J
e rêve juste de m'étendre au soleil dans une prairie en pente, et de fermer les yeux.  Le constat est là, implacable :  ma mère vient d'une planète inconnue, je n'ai jamais réussi à pénétrer dans son monde étanche, mes paroles glissent sur elle et semblent ne jamais arriver jusqu'à son coeur. Elle n'écoute jamais ce que je lui dis.
 Elle est comme enfermée dans les murailles neigeuses de son esprit, dans la prison de ce démon grimaçant qui l'obsède, et qui ne se tait que sous le coup d'une drogue sévère qui bouffe la cervelle. Terrassée par la grippe, épuisée par ses montagnes russes entre euphorie maniaque et dépression, elle lâche prise en ce moment. Elle lâche tout court. J'ai envie de pleurer chaque fois que je la vois décliner un peu plus. C'est comme regarder s'enfoncer dans les sables mouvants, en quelques minutes, quelqu'un à qui on aurait aimé lire un livre de mille pages. C'est triste, ma mère ne m'aura jamais vraiment connue telle que je suis, projetant sans cesse sur moi l'image tremblante d'une bougie fantasmatique, dans la caverne de sa folie.





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vendredi 9 février 2018

Nager







Dans la mare de mes souvenirs, les poissons morts et les débris sont remontés à la surface. Je les ai ratissés à l'épuisette, et jetés. Le fond d'eau claire apparaît, scintillant sous mon nouveau soleil.
J'ai appris à nager dans l'eau trouble de mes refoulements amnésiques, je peux désormais me mouvoir avec aisance dans cette nouvelle transparence. Des souvenirs heureux montrent le bout de leur nez,  et leur éclat tranquille mouille mes yeux d'eau bienfaisante.
Les longs voyages de nuit, pelotonnée dans le ronronnement de la voiture, et les voix de mes parents, parvenant assourdies jusqu'à moi, et le feulement si particulier de l'embrayage faisant miauler le disque à chaque rétrogradation. Le tic-toc du clignotant.
Je regardais la lune suivre l'auto, en me demandant comment elle savait où on allait. La tête à l'envers, au chaud sous mon duvet, en boule pour laisser de la place à mes frères. Tapis comme des chatons, nous partions en vacances au bord de la mer. Ma mère avait fait un rôti de veau pour le pique-nique.






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jeudi 8 février 2018

Maison








S
ouvent je me dis que l'écriture possède ce sortilège particulier de fixer les choses. Cela m'a souvent aidée.  Surtout en cas d'idées étranges, vaguement honteuses, impossibles à confier à quiconque. De ces idées orphelines se terrant dans un repli de la tête comme ces drôles de coquillages enkystés dans le sable mou des plages.
 Des idées sans maison, sans raison, sans assise. Non conformes. Irrecevables. Perchées sur le haut d'un fragment de conscience un peu flou. Prêtes à s'envoler, mais qui restent pourtant, parfois toute une nuit à la pointe sud du coeur. Au matin plus rien. Juste une trace de fumée grisâtre comme après le passage d'un feu de paille. C'est étrange, une idée sans maison. Errante et vagabonde. Elle ne se raccroche à rien, ni modèle, ni archétype, ni analogie. 
Une peur ? Une envie ? Un soupçon ? On ne sait plus.
On n'en garde même plus le souvenir. Et pourtant on sait que l'espace d'un moment, on l'a abritée au coeur de soi. Alors, l'écrire, au moment où elle passe, comme on épingle un papillon mort, pour essayer de comprendre ce moulin compliqué, le cerveau, voilà la clé.
Ainsi, au fil des années,  s'est empli mon journal intime, de vers peu reluisants.






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