mardi 21 novembre 2017

Nouille







 A
 ton arrivée dans les lieux, mon monde avait comme chaviré de la balustrade vers un sol froid de marbre. Avec un bruit d'éclats de verre.
C'était ta façon d'être qui éclaboussait.
Tes échanges étaient musclés avec les professeurs, qui cherchaient à réduire ta voix. Ils te trouvaient impertinent. Je te trouvais insolent de charisme.
 J'aurais aimé m'envoler dans un grand élan de défense. Je restais avachie sans mot.
L'autorité et les convenances,  m'intimaient de me taire, de leur long doigt griffu. 
C'est terrible de se sentir nouille au point de ne proférer aucune parole, et de renier son courage.
Ce que l'on prend parfois pour de l'amour, et qui n'est qu'une forme d'idolâtrie paralysante, rend bête. Il m'a fallu du temps. Quand je l'ai enfin admis, tu étais parti injecter ton venin dans d'autres peaux.



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lundi 20 novembre 2017

Musique







U
ne nuit d'ombre et d'étoiles j'ai écouté plus de cent fois cette chanson de Lou Reed, tu sais, doo doodoo doodoo doodoodoodoodoo...
...simplement parce que c'était sa chanson préférée...

Son ostinato lancinant rythmait le fleuve de mon pouls dans mes veines.
J'étais allongée sous le plafond du ciel, le nez dans les nuages qui entouraient la lune d'un voile mou. Tout mon corps l'attendait. 
Et je sentais des troupeaux furieux traverser mes tempes et mon ventre et agiter d'un vent fou les voiles de mon lit dans le son ambré du saxophone. Je ruisselais.
C'était cela, qu'il me proposait, et moi, j'avais fondu comme un gâteau oublié au soleil . Une ballade du côté sauvage. Hors des sentiers battus. 
A walk on the wild side. 
On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans...




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dimanche 19 novembre 2017

Lumière








U
ne cathédrale jetait ses larmes de lumière au noir du ciel. Les lampions du bal se balançaient sur des fils comme des harengs et ponctuaient la nuit de gouttes de papier lumineuses. La chanteuse avait des allures de roseau penché, souple dans sa robe pâle.
Et tu étais assis, faisant des moulinets soyeux de tes bras,  entouré de filles longues et blondes ultra maquillées et de maigres types aux yeux brûlés d'alcool. 
La boule à tango jetait ses feux psychédéliques sur les danseurs.
Les corps s'agitaient en tous sens. C'était disco.
Tu ignorais que j'avais déjà choisi ma façon de mourir. Dans la nécessité de ton regard. Dans la lumière, un matin d'été.
Pendant que toi, tu mettrais la vie au monde, avec ton sourire à réconcilier la flèche et la blessure.




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samedi 18 novembre 2017

Kiwi







A
u musée, nous étions entrés, à l'aplomb d'un midi brûlant de juillet. La fraîcheur des salles m'enveloppa les cuisses et les épaules, dans la pénombre douce et presque obscure après le blanc aveuglant de la sablette.  Je haletais. 
Nous jouions à cache-cache dans le département des oeuvres contemporaines, entourés de tableaux bizarres et répugnants, de corps sans têtes et de visages dépecés. Deux binoclards aux crânes pelés comme des kiwis s'ébaudissaient devant le génie de l'artiste, à grandes envolées de manches et de prétoire.
Nous fûmes saisis d'un rire inextinguible, noyés sous une cascade de hoquets étouffés. Et ta main sur mon coeur faisait comme la voile d'un bateau qui aurait roulé sur les vagues de notre tendre complicité.




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vendredi 17 novembre 2017

Justice






J

e me tenais au bord de la falaise, un peu trop près du bord et j'emplissais tout mon être d'air marin. Avec mes bras largement ouverts pour un saut de l'ange imaginaire, telle Thémis en robe diaphane rendant la justice de ses mains blanches, je sentais  les embruns parcourir mon corps de frissons.
N'avez-vous jamais ressenti cet appel mirobolant du vide, et à la fois cette peur tétanisante de tomber dans l'abîme ? 
Cette sensation étrange s'appelle vertige. Subtil parfum d'une sorte de fièvre.
Je l'éprouve souvent. Je suis pourtant la plupart du temps sagement assise sur un banc, sans aucun risque d'être précipitée dans une chute, et malgré tout j'ai l'âme et le coeur qui vacillent. Il me suffit de rêver à ta peau, douce comme l'herbe rase qui recouvre la craie des falaises, et à tes yeux de lazuli qui scintillent dans le noir.






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